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L’Eglise de Sauveterre de Béarn

« Sept siècles ont passé sur ton clocher-donjon
Où jadis le guetteur en scrutant l’horizon
Surveillait l’Espagnol et le Basque rebelle
Et l’ombre des grands soirs abrita sous ton toit
Les guerriers de Gramont, de Fébus et du Roi,
Et les vieux pèlerins allant à Compostelle
 ».
(Yan dou Sabalot)

Sauveterre fait successivement partie de l’Evêché de Beneharnum (Lescar), de celui de Dax, de celui d’Oloron en 1070 et enfin de Bayonne en 1801. L’église Saint-André a été classée par les Monuments Historiques en 1912.

Extérieur

Le style roman s’affirme dans l’examen de tout l’édifice. Les formes harmonieusement élevées séduisent et font de la paroissiale une construction unique en Béarn. Elle est orientée. Sa construction est située à l’époque de transition : fin XIIe, début XIIIe siècle. Fortifiée, elle participe dès lors à la défense de la cité. Si son origine romane ne fait certes aucun doute, toutefois, à l’intérieur, vous remarquerez nettement la superposition de deux styles, le gothique succédant au roman. L’élément le plus dissuasif de cette église fortifiée est son clocher élevant sa tour crénelée, sans toit extérieur, avec son chemin de ronde à 27 m. du sol. Les ouvertures rectangulaires du 1er étage et les baies géminées du 2ème étage lui donnent une allure romane, alors qu’il n’a dû être construit qu’au XIIIe siècle car il est édifié sur les supports de la croisée du transept dont deux d’entre eux, comme vous le verrez à l’intérieur, sont gothiques. On peut deviner les créneaux dans les ouvertures carrées sous le toit actuel, toit qui ne devait pas être extérieur à l’origine ; en effet, les pierres « déversoirs » sous les petits trous carrés étaient prévues pour l’écoulement des eaux pluviales, le toit était donc intérieur. Le chevet semi-circulaire s’adapte bien dans ses proportions à l’ensemble architectural. Trois fenêtres longues et étroites percent le mur ; la fenêtre centrale à meneau est surmontée d’un petit remplage quadrilobé. Des colonnes géminées reposant sur des contreforts rectangulaires sont surmontées de petits chapiteaux feuillagés. Remarquez les coquilles St Jacques sur le chapiteau le plus à gauche. Deux cordons de billettes et de pointes de diamant sont les seuls éléments de décoration. Par contre les deux absidioles paraissent bien modestes dans leur nudité. Sur la face Nord du transept, une belle rose de 2,36 m de diamètre à six lobes semblable à celle du transept sud, éclaire l’intérieur et sa petite porte d’entrée est surmontée d’un tympan que timbre un chrisme à faible relief. Dans le cercle représentant l’univers, on peut lire les deux premières lettres du mot Christ, en grec Christos : le Khi et le Rho majuscules, les deux symboles, ici inversés Alpha et Oméga, sur la barre verticale du P, le S de Sauveur. Ce graphisme est remarquable par la densité de sa signification : "Je Suis le commencement et la fin, le Sauveur de l’univers". Toujours sur le côté Nord, le bras du transept, plus important que le bras Sud, a un étage réservé à l’habitat des guetteurs et défenseurs ; un escalier à vis très étroit, logé dans la petite tour semi-cylindrique, montait à « l’étage des gardes » et au chemin de ronde. Au-dessus de la belle rose, est la « porte des cloches ». Dans cette tour, une encoche supérieure logeait une potence pouvant pivoter autour de son axe vertical ; le système classique « corde et poulie » permettait de monter les charges, les cloches, les vivres... et le pivotement les présentait face à la « porte des cloches ».

A l’ouest, sous le porche, surmontant la porte d’entrée, le très beau tympan attire toute l’attention. Le maître d’œuvre a certainement voulu réaliser un travail proche de celui des grands édifices romans. Au centre, entre les deux cintres, une clé pendante tient lieu de trumeau ; serait-elle inspirée d’un certain art espagnol ou arabe ?... Une seule voussure encadre ce tympan très restauré, préparé vraisemblablement pour en recevoir plusieurs si l’on en juge par l’ébrasement à 45° avec ses sept piédestaux, ses sept chapiteaux à feuilles et les quatorze colonnes qui l’encadrent. Dans la mandorle, appelée aussi ovale de gloire, est le Christ bénissant. Les quatre évangélistes sont représentés : à droite du Christ, l’ange (St Matthieu) et le lion (St Marc) ; à gauche, l’aigle (St Jean) et le bœuf (St Luc). Sur ce tympan gothique, le soleil (rayons radians et ondulés), et la lune en quartier (tête de femme) sont peut-être le sym¬bole "de la lumière et des ténèbres". A chaque extrémité du cintre, remarquez un ange adorateur. Formée de dix claveaux représentant des anges dont deux sont debout tournés vers le Christ, la voussure est soulignée d’une frise de fleurons comme les deux arcs de la base du tympan, alors que la mandorle a pour cadre une frise de pointes de diamants. Grâce à l’action de restauration de P. Mérimée, les dégâts subis principalement au cours des guerres de religion et sous la révolution ont été réparés par l’architecte Auguste Lafollye en 1869.

Intérieur

L’ampleur de l’édifice et ses proportions séduisent aussitôt. Son plan est en forme de croix latine. Il comprend trois nefs, un transept et trois absides semi-circulaires s’appuyant sur le prolongement de ces nefs. Il mesure 35 m de long, 20 m de large et la hauteur de la nef centrale est de 13 m. A l’examen des voûtes on peut remarquer deux périodes de construction. Tout d’abord, les chapelles de la Vierge et de St Joseph présentent une construction romane dans toute sa pureté : arcs doubleaux en plein cintre, voûtement en cul de four. Si les murs porteurs de la voûte sont en pierres inégales, les claveaux de celle-ci sont, eux, réguliers et parfaitement adaptés à l’architecture romane.

Dans la nef centrale, voici, ébrasées vers l’intérieur, les trois longues ouvertures de l’abside qui éclairent le sanctuaire et dont le plafond compte sept nervures articulées autour de la clé de voûte. L’arc triomphal de cette abside qui repose sur des piles avec socles à ressaut et comportant des colonnes côté chœur et côté transept, a été manifestement surélevé sur une base romane. En effet, les colonnes de la première campagne de construction sont coiffées de chapiteaux servant eux-mêmes de base à une deuxième colonnette, elle-même coiffée d’un chapiteau qui reçoit l’arc brisé gothique. Un peu plus loin, au départ de l’hémicycle, deux autres colonnes, sans chapiteaux, servent chacune de base à une légère colonnette, tandis que deux autres colonnettes de part et d’autre de la fenêtre centrale complètent ce système de rehaussement : cette solution a été manifestement adoptée au cours de la deuxième période de construction en vue de recevoir la voûte gothique. Au-dessus de l’intersection de la nef centrale et du transept, la voûte est divisée en huit compartiments. Les voûtes sont montées sur croisées d’ogives : c’est la deuxième campagne de construction dite gothique. Mais le travail roman apparaît encore à l’examen des piliers, pilastres à colonnes et colonnettes engagées, bases attiques et supports cylindriques ou octo¬gonaux. Baies, ouvertures ébrasées, belles roses à 6 lobes, oculi aux compartimentages de pierre s’efforcent d’éclairer l’église. Le vitrail du transept nord figure Jésus crucifié sur une croix de St André, d’où le nom donné à cette église.

Les chapiteaux représentent souvent un décor végétal de palmettes, de motifs feuillagés, de fruits ronds à pédoncules, parfois de figures humaines. A l’entrée du chœur, sur le pilier gauche, le chapiteau montre deux personnages. L’un tire son énorme langue, l’autre ouvre sa bouche à deux mains : voici le mensonge et la gourmandise. Un deuxième chapiteau sur une petite colonne du mur gouttereau Nord, sur votre gauche, à hauteur et à l’arrière du premier pilier, représente une nativité : la Vierge couchée, Joseph à ses pieds et, près de l’Enfant enveloppé de bandelettes tel une momie, les têtes de l’âne et du bœuf. Marie parturiente alitée présente une énorme main disproportionnée qui n’est certainement pas sans signification...

Chapelle saint Joseph - Située dans l’absidiole Nord, cette chapelle dédiée au père terrestre du Christ est ornée d’un autel semblable à celui de la Vierge. Il a la même structure architecturée, et le même retable scandé de tourelles à dôme. Seules changent les couleurs, les motifs décoratifs étant identiques. Au-dessus du tabernacle, se dresse une statue de saint Joseph, la main posée sur l’épaule du Christ enfant, debout. Joseph tient un lys, symbole de pureté qu’il partage avec la Vierge.

Chœur - Typiquement néo-gothique, le maître-autel est un élément fort du décor, caractérisé par sa polychromie. Il s’inscrit avec harmonie dans le décor peint des parois réalisé par le peintre et abbé oloronais Xavier Montaut en 1872. Il comprend un autel rectangulaire surmonté par un gradin portant un tabernacle particulièrement riche. Le devant de l’autel est marqué par deux piliers à trois colonnes, peintes en rouge avec chapiteau doré. La façade est structurée autour de trois arcatures polylobées soutenues par des colonnettes. Le décor, ou dominent l’or, le rouge et le vert montre notamment d’élégants rinceaux. Au-dessus du gradin, un dosseret forme appui pour le tabernacle très architecturé. Cet élément sacré, orné sur sa porte d’une représentation de l’arbre de Jessé, est couronné par un pinacle fleuronné. L’ensemble, qui fait appel au répertoire architectural gothique, est richement peint et doré.

Les peintures murales décoratives, qui concernent les parois mais aussi les voûtes, destinées à souligner l’architecture et à orner les grands panneaux, font appel au répertoire décoratif néo-gothique habituel dans ce type d’œuvre. La voûte d’ogives, à arêtes, est couverte d’une peinture bleu intense parsemée d’étoiles dorées. Les bordures des voûtains sont cernées de rouges vif, et les arêtes soulignées de fins motifs décoratifs partiellement dorés. Ce décor s’harmonise avec celui des murs, où dominent le rouge et l’ocre. Le registre inférieur figure une draperie feinte, à motifs floraux. Au-dessus, de grands panneaux à semis de croix de Saint-André et de lys servent de fond à des représentations d’anges en pied. Les colonnes et chapiteaux sont soulignés de motifs décoratifs dans le même goût.

Chapelle de la Vierge - Elle est située dans l’absidiole sud. Elle comprend une statue de Vierge à l’enfant, mise en valeur par l’autel et le retable qui forment un étonnant ensemble polychrome. L’autel rectangulaire présente en façade un décor de motifs de fleurs à 4 ou 6 pétales s’inscrivant dans des carrés ornés de rinceaux. De part et d’autre, deux colonnes détachées, bleues baguées d’or, soutiennent le plateau. Le retable, qui reprend la même polychromie, comporte un tabernacle central flanqué d’arcatures décoratives. Il est scandé de fausses colonnes imitant des tourelles, coiffées de petits dômes dorés. Une galerie d’acrotère, ajourée et dorée, vient en couronnement. Ce rare décor architecturé, mettant en scène des pseudo-tourelles, est à rapprocher de l’architecture éclectique du XIXe siècle. Stalle - Ce siège de bois est destiné au célébrant, ou à tout autre religieux assistant à l’office. Il est conçu comme des stalles de chœur, malgré sa structure à siège unique. Il se compose d’un dossier droit à panneaux, descendant jusqu’au sol, et d’accotoirs ajourés d’un quadrilobe. L’assise, simple, est dotée d’un système de charnières, pour pouvoir être relevée. Contrairement aux stalles que l’on voit habituellement, elle ne comporte pas de miséricorde ou patience (console placée sous le siège, destinée à s’appuyer lorsqu’on est debout). Ce meuble est de style néo-gothique, par ses décors ajourés, sur les côtés : quadrilobes et arcatures.

Tableau de sainte Madeleine au désert - Cette femme tient une place particulière dans l’histoire sainte. Elle est une des rares femmes à être présente aux côtés de Jésus. Elle est ici représentée les épaules dénudées, les yeux levés au ciel dans une attitude de prière et de pardon. Le traitement de la lumière joue sur le rendu des chairs selon une technique parfaitement maîtrisée. Nul doute que ce tableau est l’œuvre d’un grand peintre. Cette huile sur toile date du XVIIe siècle.

Tableau du Christ et de saint Jean-Baptiste - L’œuvre est visible dans le transept Nord accrochée entre deux autres tableaux de saints. Le traitement du paysage, la couleur du ciel et le rendu des manteaux révèlent l’œuvre d’un artiste appartenant à l’école espagnole du XVIIIe siècle. Le tableau représente une scène de l’Evangile, celle qui suit le baptême de Jésus. Jean le Baptiste voit alors une colombe descendre, confirmant que Jésus est bien l’envoyé de Dieu.

Ces peintures ont été inscrites sur l’inventaire des Monuments Historiques le 5 décembre 1908.

Confessionnal - Son ornementation évoque l’architecture gothique. Ce confessionnal en bois, est vraisemblablement installé au moment de la restauration de l’édifice. Il se caractérise par ses arcs trilobés, ses montants moulurés et son couronnement crénelé, portant en son centre une croix grecque cerclée. La porte du confessionnal est élégamment ajourée avec des barreaux tournés à bagues décoratives.

Monument aux morts - L’église rend hommage aux soldats de la paroisse tués pendant les deux Guerres mondiales. Le monument réalisé première moitié du XXe siècle comporte un important socle quadrangulaire sur lequel sont gravés les noms des soldats, par ordre alphabétique. Ce socle sert de support à une sculpture représentant l’un des plus grands thèmes iconographiques du Nouveau Testament. Ce groupe sculpté figure une Pietà, Vierge éplorée tenant le Christ mort sur ses genoux. Ce thème, très courant dans l’art religieux, symbolise ici la douleur de toutes les mères devant la mort de leur enfant. Ce monument religieux, basé sur la déploration du Christ, fait écho au monument aux morts communal lui aussi orné d’une figure de femme éplorée.

En sortant, à gauche, près du grand portail, remarquez la petite porte dite Porte des Cagots. Les "mystérieux" cagots, appelés aussi "crestiaas", constituaient une partie rejetée de la population. Descen-daient-ils de Wisigoths, de Sarrazins... ? peut-être, mais de lépreux certai¬nement pas. Ils subissaient de nombreuses vexations : interdiction de laver leur linge dans les fontaines publiques, de marcher pieds nus..., obligation de porter le signe distinctif de la patte d’oie..., même dans les églises où ils avaient une place à part dans le fond, le grand portail leur étant interdit, cette petite porte, ici, leur était réservée...

La sacristie est une petite construction plus récente, accolée à la façade sud du monument. Le plan primitif n’en comportait évidemment aucune.

Avant de quitter l’église, sachez que :
-  en l’an 1276, le roi de France, Philippe le Hardi, entouré des seigneurs composant l’Ost de France, et le vicomte de Béarn, Gaston VII Moncade, entendent la messe en priant Dieu en vue d’abattre leur ennemi espagnol...
-  en l’an 1398, Archambaud de Grailly captal de Buch et son épouse Isabelle de Castelbon, vicomtesse de Béarn prêtent serment de fidélité aux Fors de Béarn.
-  en l’an 1462, Louis XI, le roi très pieux, est reçu par Gaston IV de Foix-Béarn en l’église pour un Te Deum, avant de se rendre en Haut-Béarn à la rencontre du roi d’Aragon.

Textes écrits par A. J. Gastellu, Anne Marie et Francine Trouilh Photos : Evelyne Pouyaut-Bordenave - Clin d’œil Sauveterre.

SOURCES Prosper Minvielle, Sauveterre-de-Béarn, essai historique, Paris, 1923,

Ch. Le Cœur, Monographie de l’église de Sauveterre, 1872, réédité par C. Lacour en 1997.

L. Couet-Lannes et P. Tucoo-Chala, Sauveterre de Béarn, 1980

Victor Allegre, Les Vieilles Églises du Béarn, étude archéologique, Imprimerie Régionale, Toulouse, 1952,

Louis Réau, Iconographie de l’art chrétien, PUF, Paris, 1958 André J. Gastellu , Visite guidée de la cité médiévale, 2001

Edité par "Les Amis du Vieux de Sauveterre". Mairie - 64390 Sauveterre-de-Béarn Tél. 06 70 36 79 05


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